Une sculpture de plâtre fragile
La sculpture The King Playing with the Queen (1944) compte parmi les inventions plastiques de Max Ernst les plus marquantes et constitue l’un des moments forts de la collection de sculptures de la Fondation Beyeler. Les analyses effectuées par l'équipe de restauration ont livré des résultats importants sur la structure de l'œuvre et sur les interventions opérées au fil du temps.
La sculpture The King Playing with the Queen de la Collection Beyeler a été réalisée par Max Ernst alors qu'il se trouvait en exil aux États-Unis en 1944, une année très féconde pour l'artiste. Il en a fait couler plus tard plusieurs exemplaires en bronze. L'œuvre représente une figure cornue, assise devant un échiquier, en train de jouer. Le personnage principal – le roi du jeu – évoque le minotaure de la mythologie grecque, un monstre mi-homme, mi-taureau. Max Ernst a retiré cette figure incontournable du jeu d'échec pour la transformer elle-même en joueur. Quant à la reine, elle est protégée par la main droite du roi mais celui-ci l'empêche également d'avancer tandis qu'il dissimule un autre pion du jeu dans sa main gauche. Le roi démoniaque joue manifestement avec ses sujets selon ses propres règles - le jeu se joue lui-même.
C'est pendant ses études à Bonn, entre autres de psychologie et d'histoire de l'art, que le peintre et graphiste franco-allemand se met à la peinture et fait des essais avec des compositions expressionnistes, cubiques et futuristes. En 1912 il expose pour la première fois avec les Expressionnistes rhénans. Alors qu'il est en permission en 1916, il fait la connaissance des dadaïstes berlinois et fonde trois ans plus tard un groupe dadaïste avec Jean Arp à Cologne. En 1922, il s'installe à Paris où il rejoint les Surréalistes. Il transpose l’« écriture automatique » prônée par ces derniers en collages, frottages, grattages et sculptures en se servant d'objets trouvés comme point de départ. Ses cosmogonies visionnaires remontent à la tradition de Grünewald et de Bosch.
Cette sculpture n’a, depuis l'ouverture de la Fondation Beyeler en 1997, toujours été présentée à l'intérieur du musée qu'avec une prudence extrême. Le musée a en outre renoncé complètement à prêter l'œuvre, notamment en raison de la fragilité du matériau utilisé qui présente déjà des zones brisées et fêlées.
Des radiographies à haute résolution ont pu donner des informations cruciales sur la composition de la structure de plâtre. L'intérieur de la structure se compose d'une armature constituée de fils de fer d'épaisseurs différentes. Max Ernst avait de plus recours à des grillages métalliques fins pour renforcer des zones de grande étendue. La structure de la sculpture en plâtre a été réalisée à partir de l'assemblage d'éléments distincts. Max Ernst préparait pour les fabriquer des formes qu'il moulait, armait puis assemblait.
Radiographie
Le détail du cou sur la radio montre la constitution structurelle de la sculpture. À l'intérieur du plâtre, on y reconnaît nettement l'utilisation d'armatures élaborées à partir de matériaux distincts.
Vers l'œuvre
Cette analyse, associée à la comparaison avec des documents d'archive, a permis de reconstituer l'intervention significative du fondeur sur la sculpture. Afin de pouvoir procéder aux opérations de moulage complexes, le fondeur a été obligé de désolidariser les différents éléments qu'il a réassemblés plus tard à l'identique. Il s'agit là d'une procédure courante utilisée par les fondeurs. Pour les zones claires de la sculpture dépourvues de peinture (cou, épaules, poignets, etc.), il s'agit de zones complétées par le fondeur après le processus de moulage. Ce dernier a également utilisé le plâtre pour reconstituer les zones à l'origine en couleur et qui ont disparu au découpage.
Couche de peinture bleue
Une coupe transversale de la couche picturale agrandie montre que la version originale se compose de deux couches de couleur bleue. Les couches ont été appliquées juste après la réalisation de la sculpture et leur constitution ressemble aux pigments utilisés par l'artiste pour la réalisation de ses tableaux.
Vers l'œuvre
L'analyse de la couche de peinture a révélé que la sculpture a été recouverte de deux couches de couleur bleue. Cette couche de peinture est d'origine et a été appliquée par l'artiste juste après la réalisation de la sculpture (photographie 2). L'analyse des pigments et liants a montré qu'il s'agit des matériaux que Max Ernst utilisait habituellement pour ses œuvres sur toile.
La peinture bleue d'origine est à peine visible à l'œil nu par celui qui observe la sculpture dans son état actuel. La raison en est que plusieurs couches, liées au processus de fonte et aux interventions ultérieures ont été appliquées sur cette couche bleue. Une photographie de mode prise en 1945 a confirmé ces découvertes puisqu'elle montre la sculpture de plâtre dans une version homogène peu après sa réalisation (photographie 3). La multitude des fragments de couche raconte toute l'histoire de cette sculpture. Ces fragments font ainsi partie d'une surface maintenant historique. Il n'est guère envisageable de reconstituer l'état originel de cette structure tant sur un point de vue technique qu'éthique.
Illustrations historiques
Cette photo de mode de 1945 montre en arrière-plan la sculpture à l'état premier : il s'agit d'une version homogène sans les reconstructions actuelles opérées au cou, aux épaules, aux coudes et aux mains.
Vers l'œuvre
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