Ou l'art de préserver l'art

Les effets du temps ne ménagent pas les œuvres d'art non plus : les couleurs peuvent s'altérer, les matériaux se dégrader. La bonne conservation des œuvres d'art passe en grande partie par un bon stockage. Mais, dans bien des cas, il faut faire appel au savoir-faire et à l'expérience des restaurateurs. Depuis 2001, à la Fondation Beyeler, une équipe engagée et spécialisée dans le domaine de la restauration travaille à conserver les œuvres majeures de la Collection sur le long terme. Le but est que les générations futures puissent elles aussi avoir accès à ces œuvres.

Le partenariat avec la Fondation BNP Paribas

La Fondation BNP Paribas Suisse s'engage depuis plus de 20 ans dans la restauration d'œuvres d'art en Europe, en Asie et aux États-Unis. Elle a le désir de participer activement à la préservation des collections de musées afin que celles-ci puissent être transmises aux générations futures. En Suisse, elle a déjà soutenu plus de 20 projets consacrés à la préservation d'œuvres significatives, parmi lesquelles celles de Max Ernst, Mattia Preti, Auguste Rodin, Bram van de Velde et Paolo Veronese.

La Fondation Beyeler est ravie de pouvoir compter depuis 2011, pour la restauration des œuvres majeures de sa Collection, sur le soutien de la Fondation BNP.

Le triptyque aux nymphéas, un tableau grand format, constitue le cœur de la Collection Beyeler. Il a été une source d'inspiration pour la conception architectonique du musée. Alors que cette œuvre présente une surface intacte et mate, un autre tableau aux nénuphars – Nymphéas (1916-1919), étude préalable aux grandes séries des nymphéas, apparaît recouvert d'un vernis brillant et réfléchissant. Il s'agit d'un ajout ultérieur qui va à l'encontre de l'intention originelle de Monet. C'est donc une tâche délicate qui attend les restaurateurs, celle d'enlever la couche de vernis.

Le projet

Claude Monet : Biographie

Le peintre français a fait ses classes notamment auprès du maître de la peinture en plein air Eugène Boudin. Il fait ses études à partir de 1859 à Paris où il fait la connaissance de Pissarro, Bazille, Sisley et Renoir. Son œuvre Impression, soleil levant pousse les critiques à le railler en le traitant « d'impressionniste » lors de la première exposition des Impressionnistes à Paris en 1874. Il fonde ainsi l'un des courants artistiques majeurs du XIXe siècle. Lorsque la guerre franco-allemande débute en 1871, Monet se réfugie à Londres, où il est fortement impressionné par les toiles de Turner et Constable.

Il y rencontre le marchand d’art Durand-Ruel qui lui fait confiance. Après son installation à Giverny, il se consacre activement à l'étude de la relation des formes et des couleurs en fonction des conditions lumineuses, atmosphériques et temporelles à travers plusieurs séries de toiles. Mais c'est surtout le jardin avec ses bassins de nénuphars qui devient la source d'inspiration de ses célèbres peintures de nymphéas qui y voient le jour à partir de 1899. Ses dernières œuvres préfigurent déjà, par certains éléments, l'expressionnisme.

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Détail

Le vernis fin recouvre la peinture appliquée en couches multiples avec des coups de pinceaux en long et en large.

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Détail

La brillance de la résine acrylique apparaît particulièrement bien dans les gammes monochromes et moins bien dans les gammes de couleurs à la texture pâteuse.

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Pour la toile icône de Picasso Femme (Époque des « Demoiselles d'Avignon », 1907), le tableau préféré du couple de collectionneurs Beyeler, les restaurateurs étaient confrontés à la question suivante : pourquoi le jaune citron d'origine s'assombrit-il en un beige foncé ? Les restaurateurs ont, en collaboration avec une équipe d'experts du Getty Center de Los Angeles, radiographié le tableau millimètre par millimètre. Ils ont ainsi découvert que Picasso utilisait des couleurs à base de cadmium dont le vieillissement aurait déplu au maître. On peut supposer que la pose ultérieure de vernis aurait encore moins rencontré son approbation. La restauration s’est alors trouvée face à une tâche délicate et la couche non désirée apposée sur le tableau a dû être retirée méticuleusement.

Le projet

[Translate to Französisch:] Portrait Picasso

Pablo Picasso : Biographie

Le peintre espagnol, également graveur et sculpteur, fait ses études à La Corogne, Barcelone et à Madrid. Dès 1900, il ne cesse de faire des voyages à Paris où il s'établit définitivement en 1904. En 1907, après sa période bleue et sa période rose, il peint, avec Les Demoiselles d’Avignon, le premier chef-d'œuvre du cubisme. En 1912, il réalise ses premiers collages et crée des sculptures. À partir de 1917, il dessine des costumes et des décors pour les Ballets Russes de Serge de Diaghilev. 

Des œuvres de style néoclassique voient le jour au début des années 20. En 1925, il participe à la première exposition surréaliste à Paris. Il réalise ses premières grandes sculptures à partir de ferraille et de fer. En 1937, la peinture murale Guernica voit le jour pour le pavillon espagnol de l'Exposition universelle de Paris. Le peintre y thématise – en s'inspirant du bombardement de la ville basque de Guernica par l'aviation allemande la même année – les horreurs de la guerre par des moyens symboliques. En 1939 a lieu une grande rétrospective de ses œuvres au Museum of Modern Art à New York. Picasso se voit interdire l’exposition de ses toiles durant l'occupation allemande en France. En 1949, il s'installe dans le sud de la France, où il séjourne régulièrement déjà l'été depuis 1909 pour peindre. Son œuvre tardive se caractérise par sa diversité stylistique et par un regain d'intérêt pour les maîtres anciens ; au milieu des années 60, il peint avec fougue une majorité de nus féminins. Le Musée Picasso de Barcelone ouvre ses portes en 1970, suivi par celui de Paris en 1985.

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Élimination de la couche de vernis

Markus Gross en train d'enlever la couche de vernis sur la toile Femme (Époque des « Demoiselles d'Avignon ») dans l'atelier de restauration de la Fondation Beyeler.

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Documentation précieuse

Cette vieille pellicule ektachrome (une diapo couleur) conservée aux archives Beyeler est un des documents de référence les plus importants permettant d'émettre des avis quant aux altérations de couleurs dans les zones chromatiques de jaune.

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Le lion, ayant faim, se jette sur l’antilope (1898/1905) est incontestablement l'une des œuvres maîtresses de la Collection Beyeler et l'un des plus grands et des plus importants tableaux peint par Henri Rousseau, grâce auquel il perça, en 1905, au niveau artistique. L'œuvre a surpris les restaurateurs. En effet, la surface de la toile, ayant accumulé de la saleté au fil des années, ne pouvait être traitée, comme il est d'usage, avec des solutions aqueuses ou des solvants sans que la couche picturale ne soit atteinte. Les restaurateurs ont dû se mettre à la recherche d’autres solutions créatives. De plus, savoir à quoi correspondaient les repeints, larges et troublants, constituait également un défi. Comme ces repeints faisaient l’effet de ne pas avoir été ajoutés correctement et qu'ils donnaient l'impression de ne pas avoir leur place dans le tableau, supposition fut faite qu'ils avaient été ajoutés ultérieurement. Des recherches poussées ont pourtant montré qu'ils pourraient être de la main même de l'artiste.

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Henri Rousseau : Biographie

Les toutes premières toiles du fonctionnaire de l'administration des douanes parisiennes datent de 1877. En 1885, le peintre abandonne son poste pour se consacrer pleinement à la peinture. Il expose à partir de 1886 ses travaux au Salon des Indépendants. Il se lie d'amitié avec le poète Alfred Jarry et rencontre Gauguin, Redon, Seurat, Pissarro. À partir de 1891, motifs exotiques et imaginaires remplissent ses toiles. En 1906, il fait la connaissance de Delaunay, Picasso et du groupe se réunissant autour d'Apollinaire. L'année suivante, Picasso organise un banquet en son honneur.

Repeints historiques

Dans le coin inférieur droit du tableau, des repeints vert foncé sautent aux yeux de l'observateur. Ces repeints n'ont pas été éliminés car les analyses ont prouvé qu'ils sont bien de la main de l'artiste lui-même.

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Nettoyage à sec de la surface

Il a fallu nettoyer la couche picturale sale mais fragile sans utiliser de produit humide ni de solvant. On a utilisé à la place des éponges sèches spéciales.

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Pas moins de 12 œuvres de Fernand Léger se trouvent dans la Collection de la Fondation Beyeler. Elles constituent une excellente situation de départ pour l'équipe de restaurateurs puisqu'elles leur permettent de comparer directement, dans l'atelier de restauration, les matériaux et techniques utilisés par l'artiste. Les restaurateurs se sont notamment poser la question de savoir pourquoi Le passage à niveau (1912) est une toile plus fragile que d'autres toiles, avec de nombreuses craquelures et de multiples frottements sur sa surface. Des analyses chimiques ont montré que Léger a utilisé un apprêt extrêmement sensible à l'eau lors de la réalisation de cette œuvre. Cette particularité n'a pas été remarquée lors des interventions de restauration antérieures, nécessitées par un lourd dégât d'humidité dans le passé, ce qui a aggravé l'état de l'œuvre.

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Fernand Léger : Biographie

Le peintre français aborde tôt les études artistiques, entre autres à l'Académie Julian à Paris. Au début du XIXe, il peint ses premières toiles, influencées par l'impressionnisme. Impressionné par Cézanne, il se détache de l'impressionnisme et trouve son propre style en 1909. Il se joint aux cubistes Picasso et Braque pour former peu après le groupe de la « Section d'Or ». 

Après son service militaire à la guerre de 1914 à 1917 débute sa période dite « mécanique ». Sa première peinture murale destinée à un bâtiment de Le Corbusier voit le jour en 1925. En 1929, il donne des cours avec Amédée Ozenfant à l'Académie moderne. Il devient membre de l'association d'artistes « Cercle et carré ». Il se rend en Autriche au début des années 30, aux États-Unis, en Suède et en Norvège, en Suisse et en Grèce. Il y exerce une activité d'enseignant, à côté de son travail consacré aux arts plastiques et au film. Il revient à Paris en 1945 et devient membre du parti communiste. Il s’essaye à la céramique à la fin des années 40.

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Cliché historique

Ce cliché historique a été décisif pour la réalisation du projet : en effet, les dégâts provoqués par de l'eau (flèches) visibles sur l'arête inférieure ont permis de comprendre les raisons des restaurations et les zones où ces restaurations malheureuses ont été réalisées par le passé.

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Élimination des retouches

Les retouches effectuées lors de travaux de restauration antérieurs recouvraient les couches picturales originales en plusieurs endroits. Facilement solubles, elles ont heureusement ont pu être réduites grâce à du papier absorbant imprégné de solvants.

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The King Playing with the Queen (1944) est une sculpture unique en plâtre extrêmement fragile. D'autres Collections, comme par exemple le MOMA à New York, possèdent d'autres versions de cette œuvre en bronze. Cette sculpture a toujours constitué une énigme pour les restaurateurs : ainsi, pourquoi l'artiste a-t-il laissé de larges zones de la figure bleue - comme les épaules et les coudes - en blanc ? Des analyses poussées, notamment des radios, ont mis en évidence que la sculpture a été redécoupée de manière incorrecte dans le passé afin d'en faire des moulages et de nouveau des versions en bronze. L'examen radiographique a aussi montré que l'artiste était déjà conscient de la fragilité et de la faiblesse du plâtre lors de la réalisation de la pièce. C'est pourquoi il a renforcé l'intérieur de la sculpture à l'aide de différentes sortes d'armatures.

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Max Ernst : Biographie

C'est pendant ses études à Bonn, entre autres de psychologie et d'histoire de l'art, que le peintre et graphiste franco-allemand se met à la peinture et fait des essais avec des compositions expressionnistes, cubiques et futuristes. En 1912 il expose pour la première fois avec les Expressionnistes rhénans. Alors qu'il est en permission en 1916, il fait la connaissance des dadaïstes berlinois et fonde trois ans plus tard un groupe dadaïste avec Jean Arp à Cologne. En 1922, il s'installe à Paris où il rejoint les Surréalistes. Il transpose l’« écriture automatique » prônée par ces derniers en collages, frottages, grattages et sculptures en se servant d'objets trouvés comme point de départ. Ses cosmogonies visionnaires remontent à la tradition de Grünewald et de Bosch.

Photographie historique

Cette photo de mode de 1945 montre en arrière-plan la sculpture à l'état premier : il s'agit d'une version homogène sans les reconstructions actuelles opérées au cou, aux épaules, aux coudes et aux mains.

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Radiographie

Le détail du cou sur la radio montre la constitution structurelle de la sculpture. On reconnaît des armatures évidentes fabriquées à partir de différents matériaux à l'intérieur du plâtre.

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Le premier grand projet de recherche de l'histoire du Musée a consisté en l'analyse scientifique et la restauration du tableau d'Henri Matisse Acanthes (1953), un travail de découpages de 3,5 m de large. C'est une des œuvres maîtresses de la série des grands formats appelés Papiers découpés. Ce projet interdisciplinaire comprend la restauration de la peinture et des papiers ainsi que la compréhension de l'œuvre sous l'angle de l'histoire de l'art. Des experts de la scène internationale ont été sollicités pour participer à cette entreprise complexe et répondre aux exigences de cette œuvre. L'aventure sur trois années a porté ses fruits, et pas seulement pour les visiteurs du musée ! En effet, les travaux de restauration ont pu être réalisés dans un atelier aménagé spécialement pour le projet et visible par les visiteurs.

Le projet

Henri Matisse : Biographie

Le peintre, sculpteur et graveur français étudie à Paris, entre autres à l'Académie Julian et à l'École des Beaux-Arts. Il crée ses premières sculptures autour de 1900 et commence au même moment, sous l'influence de Monet, Cézanne et Gauguin, à peindre avec des couleurs pures et éclatantes. Il reçoit au Salon d'Automne, en tant que chef de file des fauvistes, une attention particulière. Ses premières gravures et lithographies voient le jour après un voyage en Algérie en 1906 Il tente très tôt de traduire spatialité et corporalité dans des aplats décoratifs.

Dans ses intérieurs et ses natures mortes, ce sont d'abord des formes et des figures tridimensionnelles et réalistes qui prennent place à côté de motifs en arabesques. Après l'événement déterminant que représente l'exposition sur l'Islam à Munich en 1910 et un voyage au Maroc en 1912, il se consacre exclusivement à la peinture par aplats. Le tapis, symbole du jardin du bonheur dans l'art islamiste, constitue le motif pictural qui sous-tend toute son œuvre. Il aspire à un art sacré empreint de calme et d'harmonie, auquel tout le monde peut prendre part. Il se tourne à la fin des années 20 vers la peinture murale et architecturale. Il vit à Nice et à Vence durant la Seconde Guerre Mondiale, puis retourne à Paris. Ses premières Gouaches découpées apparaissent en 1948. De 1947 à 1951, il peint la Chapelle du Rosaire à Vence.

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L'analyse par la technologie

De nombreux trous de punaises se trouvent sur les formes découpées et sur le papier du dessous, témoins du processus de travail de l'artiste. Ces trous laissés par les punaises ont servi à fixer les découpages au mur de l'atelier.

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Conservation et restauration

La structure complexe de l'œuvre en plusieurs couches Acanthes constitue un sérieux défi en termes de conservation et de restauration, car il faut la stabiliser.

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