Ernst Beyeler

Ernst et Hildy Beyeler - La grandeur de la simplicité

Rien dans la vie d’Ernst et Hildy Beyeler ne semblait les préfigurer à une carrière exceptionnelle de galeristes. C’est un peu par hasard qu’étudiant, Ernst Beyeler a commencé à travailler chez Oskar Schloss, bouquiniste et antiquaire, qui tenait « La Librairie du Château d’Art » au 9, Bäumleingasse à Bâle. Ernst Beyeler n’aurait sans doute jamais imaginé que cette adresse serait, celle de la Galerie Beyeler jusqu à la fin. Oskar Schloss était un pionnier de l’édition de textes bouddhistes. Il avait réussi à fuir l’Allemagne nazie juste à temps et s’était réfugié en Suisse où — spolié de tous ses biens par les nazis —, il avait réussi à joindre les deux bouts sur ses vieux jours avec un petit commerce de livres anciens. Ces années d’apprentissage furent déterminantes pour Ernst Beyeler, car Oskar Schloss initiait ses employés à la littérature, à la philosophie et aux beaux-arts grâce à de longues discussions, le soir. En 1945, après la mort soudaine de son employeur, Ernst Beyeler fut en mesure de reprendre son commerce lourdement endetté et de poursuivre ses activités grâce à l’aide financière de départ que lui consentit sa future épouse, Hildy Kunz. Mais à long terme, les vieux livres et ce commerce astreignant n’étaient pas ce qui intéressait le plus le jeune Beyeler. Il accorda alors tout naturellement une place croissante aux gravures — lithographies d’Honoré Daumier, d’Henri de Toulouse-Lautrec ou estampes colorées japonaises. En 1947, il ajouta le nom d’« Ernst Beyeler »  à celui du commerce qu’il avait repris, rebaptisé en 1952 « Galerie Beyeler ». La première pierre d’une carrière hors du commun était posée. Une chose pourtant est restée de ces premières années consacrées au commerce des livres anciens : le goût des catalogues beaux et bien faits.


Ernst Beyeler avec Jean Tinguely et Martin Schwander 1984

L’esprit de suite qui présida au développement de l’entreprise est proprement impressionnant. Dans un premier temps, sans doute sous l’influence de Georg Schmidt notamment, historien d’art et spécialiste des musées, la Galerie Beyeler s’orienta nettement vers l’art allemand. Les principaux peintres du mouvement expressionniste, mais aussi Käthe Kollwitz, Edvard Munch, Alexeï von Jawlensky étaient bien représentés chez Beyeler. S’y ajoutaient de magistrales gravures françaises du XIXe et du XXe siècle, ainsi que des œuvres d’artistes contemporains et locaux, dont certains étaient les amis du galeriste. Les premières brochures de catalogue, encore modestes, tout à fait dans la tradition des catalogues d’inventaires de gravures, ont été publiées en 1952 et 1953 à l’occasion des expositions « Bilder des 20. Jahrhunderts » (Tableaux du XXe siècle) et « Tableaux français ». Les critères de choix et la remarquable qualité artistique révélaient déjà le refus de tout compromis. Beyeler était bien décidé à jouer immédiatement et avec audace en première division et à rester fidèle à ses convictions. Les œuvres exposées devaient posséder de la permanence, savoir susciter un enthousiasme renouvelé, tout en confirmant leur valeur sur la durée. On perçoit très tôt un goût évident pour tout ce qui n’est pas courant, facile ou trop plaisant, pour l’art difficile. Les années 1950 ont été marquées par un développement tenace de la galerie, la peinture française occupant une place de plus en plus privilégiée. Le négoce des œuvres d’art reposait sur une règle de base fort simple : pour chaque œuvre vendue, on en achetait deux nouvelles. Ernst Beyeler commença à voyager davantage, ses principales destinations étant Munich, Stuttgart, Cologne et Paris. Il se mit aussi à fréquenter avec une régularité croissante les ventes aux enchères londoniennes. À Bâle, Hildy Beyeler s’occupait des finances et de la gestion d’une petite équipe de collaborateurs. À la fin des années 1950, cela faisait déjà un certain temps que l’adresse de la Bäumleingasse n’était plus un secret d’initiés. Parallèlement à la clientèle locale, les Américains étaient de plus en plus nombreux à faire un crochet depuis Paris pour assister aux expositions estivales très prometteuses de la Galerie Beyeler. La série de catalogues « Maîtres de l’art moderne (1955-1058) » en offre un bon témoignage.


Ernst Beyeler à la Foire de Bâle, Art Basel 7, 1976

C’est ainsi qu’Ernst Beyeler fit la connaissance de G. David Thompson de Pittsburgh, d’abord comme client, puis comme vendeur de sa légendaire collection d’art moderne, acquise par Beyeler. Du jour au lendemain, la Galerie accéda à une vraie notoriété, qui lui permit d’élargir sa sphère d’activités à l’Amérique du Nord. En effet, G. David Thompson était connu pour être un collectionneur imprévisible et les milieux artistiques lui accordaient donc une grande attention. Ernst Beyeler pouvait être assuré d’éveiller ainsi le respect des galeries new-yorkaises les plus renommées. Ernst Beyeler se fit également remarquer en vendant à des musées des groupes d’œuvres de la collection Thompson. Le prestige qu’il en tira lui ouvrirait plus tard toutes les portes. La cession d’œuvres de Klee à Düsseldorf ou de sculptures de Giacometti à la Giacometti-Stiftung de Zurich créée à cette fin attira tout particulièrement l’attention. Bien avant que sa propre collection ne commence à se profiler, une nouvelle facette du galeriste Ernst Beyeler apparaissait au grand jour : celle de l’homme de musée. Ernst Beyeler devint un ami des musées, servant d’intermédiaire lors de nombreux achats. Plus tard, il fut l’instigateur d’expositions qu’il soutint énergiquement.


Ernst Beyeler dans le jardin d’hiver de la Fondation Beyeler

Mais cette renommée ne lui fit jamais oublier la modestie de ses débuts. Pour lui, l’essentiel était et restait la qualité et l’exigence d’une œuvre d’art. Il partageait généreusement sa passion avec ses clients, ses visiteurs et, plus tard, ses collaborateurs du musée. Son regard pour l’essentiel, pour la nature, pour l’équilibre intérieur, pour les aspects politiques et écologiques fut toujours immuable. On chercherait en vain bruit et agitation dans les locaux de Bäumleingasse qui, dans leur modestie médiévale, ont toujours accordé la préséance à l’art.

Et c’est bien dans cet esprit que le lumineux musée de Renzo Piano, tel un pavillon d’été, offre l’expérience visuelle directe, mais toujours gratifiante, de l’art en harmonie avec la nature. Au-delà de toutes les valeurs matérielles, il s’agit sans conteste du principal héritage d’Ernst et Hildy Beyeler, qui continue de se renouveler chaque jour à travers l’enthousiasme des visiteurs de la Fondation Beyeler.

Collection
Claude Monet, Nymphéas, 1916 - 1919

Œuvres de la Collection Beyeler.

Impressions
Impressions

Impressions à l’intérieur et autour de  la Fondation Beyeler.

Expositions passées depuis 1997
Henri Rousseau, Le liont ayant faim se jette sur l’antilope, 1905

Henri Rousseau, Le liont ayant faim se jette sur l’antilope, 1905.

Station